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Une Blessure Durable

Une blessure durable

Les Européens ont tendance à voir l’Europe comme étant composée de deux parties: l’Ouest et l’Est. Dr. Evert Van de Poll explore l’évolution de cette division au cours des siècles.

Ceci est un extrait du futur livre d’Evert van de Poll: ‘Foi chrétienne et le façonnement de l’Europe’.

Vers le 13ème siècle, ce qui est aujourd’hui appelé l’Europe de l’Est était presque entièrement inclus dans la Chrétienté : ‘l’Europe’ de l’époque.

Mais il y avait une distinction importante : les peuples ou les groupes ethniques… qui reçurent le Christianisme de Constantinople, en adoptèrent la version grecque, ainsi que l’écrituregrecque (plus tard développée en cyrillique) et acceptèrent l’influence culturelle et politique de Byzance (…)

Les nations qui choisirent le rite oriental (c’est-à-dire le Christianisme orthodoxe) n’avaient, en aucun cas, pris une décision insensée. Bien au contraire : … jusqu’aux alentours du 11ème siècle, l’Empire byzantin surpassait les royaumes et les empires européens occidentaux dans pratiquement tous les domaines, culturellement, économiquement et militairement. En effet, une des raisons pour lesquelles l’empereur Dioclétien avait déménagé le centre de gravité de l’Empire romain vers l’est, en 284 ap. J.-C., était que cette partie était bien plus civilisée et prospère. Les gens de Byzance méprisaient les Barbares récemment convertis en Occident.

Comme l’explique Leon Marc, l’économie de l’Europe n’a réellement décollé qu’après l’an 1000 et c’est vers cette époque que l’Europe occidentale et orientale commencèrent lentement à diverger sur le plan économique.

En plus de la prospérité grandissante à l’Ouest, il y avait une autre divergence. L’Ouest était témoin de l’émergence d’un mouvement de pensée appelé le Siècle des Lumières. Les idées du Siècle des Lumières de démocratie, des droits civils, de la liberté, de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de la science rationnelle, du progrès, et de la religion étant une affaire de la sphère privée, ont eu un impact profond sur les sociétés à l’Ouest. Cependant, les parties centrales et orientales d’Europe furent touchées beaucoup plus lentement. En conséquence, les développements politiques n’ont pas été les mêmes. Vu de l’Ouest, la démocratie et les droits de l’homme sont les emblèmes, les fondations d’une société moderne. A l’Est, ces choses n’étaient pas si évidente pendant un long moment, et étaient souvent considérées comme étant ‘occidentales’.

Lorsque les gens à l’Ouest parlent commodément de l’Europe de l’Est comme toute la moitié orientale du continent, ils perpétuent un ancien préjugé. ‘L’Europe’ signifie littéralement ‘l’Ouest’, et aux yeux de beaucoup, la vraie culture européenne se trouve en Occident, c’est-à-dire dans la partie occidentale du continent. L’idée de ‘l’Europe de l’Est’ vient des Européens occidentaux qui ont déterminé les fondations géographiques et politiques du continent. Ils se considéraient eux-mêmes comme étant les vrais Européens. Ce préjugé séculaire persiste encore. Après 1945, les pays à l’est étaient invités à ‘rejoindre l’Europe’. Mais les peuples de cette partie du monde s’étaient toujours considérés comme partie intégrante de l’Europe. De plus, ils sont très conscients des divisions historico-religieuses et des différences culturelles qui s’en sont découlées.

En fait, ce que les Occidentaux appellent commodément ‘l’Europe de l’Est’ consiste réellement en plusieurs composantes : l’Europe centrale, la véritable Europe de l’est et l’Europe du sud-est, qui est aussi appelée les Balkans. Il y a plusieurs divisions ouest-est. Après que l’Empire fut christianisé, la division continua. L’Ouest devint catholique, orienté vers Rome et culturellement latin, alors que l’Est devint orthodoxe, orienté vers Constantinople et culturellement grec.

Lors du Moyen-Âge, les peuples du nord et de l’est furent respectivement évangélisés par les Catholiques et les Orthodoxes. Les peuples germaniques et certains peuples slaves furent incorporés dans la sphère catholique, d’autres peuples slaves dans le domaine orthodoxe. Donc la ligne de division fut prolongée dans la direction septentrionale, séparant les Polonais et les Lituaniens des Russes, les Hongrois des Roumains, les Croates des Serbes. Aujourd’hui, elle passe à travers l’Ukraine, entre les Gréco-catholiques des provinces occidentales et les Orthodoxes dans le reste du pays.

La seconde division est-ouest se trouve entre les peuples ayant un arrière-plan ethnique et une langue germanique d’un côté, et les peuples ayant un arrière-plan ethnique et une langue slave de l’autre. Cette division fut renforcée par le virage communiste, depuis 1917 dans l’Empire russe, et après la Seconde Guerre mondiale en Europe centrale et dans les Balkans. Quand la défaite de l’Allemagne nazie était imminente, les vainqueurs divisèrent l’Europe en deux sphères d’influences occidentale et soviétique. Lors des années suivantes, ce qu’on appelait le Rideau de Fer fut tracé entre la partie occidentale du continent et les pays communistes de ce qu’on appelait communément l’Europe de l’Est. L’Allemagne de l’Ouest devint partie de l’Occident. L’Autriche également, malgré son nom (Österreich, ‘le domaine oriental’) et malgré son statut neutre, n’intégra pas l’alliance militaire occidentale OTAN mais devint un ‘partenaire pour la paix’. Urs Altermatt résume l’importance de ceci, en relation avec l’histoire religieuse et culturelle de l’Europe.

Depuis le Moyen-Âge, une frontière politico-territoriale interne traverse l’Europe et correspond presqu’exactement à la frontière orientale de l’ancien Empire carolingien. La même frontière a été plus ou moins répétée au 20ème siècle, lorsque les trois alliés, Roosevelt, Staline et Churchill, divisèrent l’Europe en deux parties lors de la conférence de Yalta. Une deuxième frontière interne traverse l’Europe plus à l’est. Celle-ci est déterminée religieusement, séparant le Christianisme catholique et protestant du Christianisme orthodoxe.’

L’Ouest regardait vers l’ouest, vers les Etats-Unis, comme son nouveau puissant allié. Il débuta un processus d’intégration économique et politique aboutissant à la Communauté européenne. Entre-temps, l’Ouest et l’Est communiste étaient engagés dans une Guerre froide.

La seconde ‘frontière’, comme Altermatt la définit, était soumise. Selon l’idéologie communiste, elle devait complètement disparaître. Tous les peuples slaves étaient désormais unis en un seul Bloc soviétique avec les autres peuples de l’Est. Ils devaient oublier leur passé catholique ou orthodoxe.Cependant, le communisme n’a pas duré longtemps. En l’espace de quelques années remarquables, après la destruction du mur de Berlin en 1989, les régimes communistes ont quitté la scène l’un après l’autres. Les barrières furent brisées, les portes furent ouvertes afin que les peuples de l’Est puissent voyager à l’Ouest. Les pays qui s’étaient dégagés des régimes communistes adoptèrent la démocratie et le marché libre, selon le style occidental. Ils pouvaient désormais rejoindre l’Union européenne. Mais seuls certains d’entre eux l’ont fait, d’autres ne le voulaient pas (Russie, Belarus), tandis que l’Ukraine, un pays nouvellement créé, était profondément divisée sur cette question. Et donc, à travers une tournure inquiétante des événements, la frontière orientale de l’Union européenne était plus ou moins parallèle à l’ancienne division catholique-orthodoxe. Elle n’avait jamais vraiment disparu malgré l’expérience commune durant l’ère communiste. Depuis les années 1990, elle a pris une signification plus accrue alors que les tensions émergèrent entre l’Union européenne d’un côté et la Russie et sa zone d’influence de l’autre.

Dr Evert van de Poll

Professeur d’Etudes religieuses et de Missiologie, Faculté théologique évangélique, Louvain, Belgique, et pasteur au sein de la Fédération baptiste française.

Photo: La conférence de Yalta – Domaine public (source: Wikipédia)

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