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Quelle Charte Pour L’humanité? Définir La Destination Du ‘développement’ (1/5)

Quelle charte pour l’humanité? Définir la destination du ‘développement’ (1/5)

De nos jours, le développement et la croissance économique sont souvent des termes utilisés de manière interchangeable. Mais est-ce que la Bible a quelque chose à dire au sujet du développement? Ceci est l’objectif poursuivit par Dr. Michael Schluter dans ce Cambridge Paper. Dans ce premier volet, Schluter explore les présuppositions occidentales derrière le mot ‘développement’ et pourquoi elles ne sont pas nécessairement correctes.

Un Cambridge Paper du Jubilee Centre. (Septembre 2006)

Le produit intérieur brut…ne mesure ni la santé de nos enfants, ni la qualité de leur éducation, ni la joie de leurs jeux. Il ne mesure pas non plus la beauté de notre poésie ni la force de nos mariages. Il n’accorde aucune importance à l’intelligence de notre débat public, ni à l’intégrité de nos agents publics. Il ne mesure pas notre sagesse ni notre savoir, ni même notre intelligence ou notre courage, ou encore notre compassion ou notre dévotion envers le pays. Bref, il mesure tout sauf ce qui fait que la vie vaille la peine d’être vécue, et il peut tout nous dire tout sur notre pays excepté ces choses qui nous rendent fières d’en faire partie.

Robert Kennedy[1]

« Recherchez le shalom (le bien-être et l’harmonie sociale) de la ville… »

Jérémie 29:7

Résumé

Le mot ‘développement’ décrit un parcours de changement économique et social, mais est souvent implicitement considéré pour définir également la destination. La croissance économique est généralement considérée comme l’objectif aussi bien que la méthode pour ce changement social. Cependant, l’importance biblique est repose sur la qualité des relations sociales, politiques et économiques, laquelle pourrait être résumée en ‘bien-être relationnel’ (BER). Les aspirations nationales ne devraient pas se focaliser principalement sur les niveaux ou sur la distribution des revenus, ni même sur la liberté, ou le choix individuel. Les Chrétiens devraient plutôt réexaminer les objectifs de la politique et des projets aussi bien dans les sociétés à revenus élevés que dans les sociétés à revenus faibles, depuis une perspective relationnelle, afin de combattre la précarité relationnelle ainsi que la pauvreté matérielle.

Quels objectifs pour le ‘développement’ ?

L’usage du terme ‘développement’ soulève souvent la question : le développement pour/vers quoi ? Il est possible de parler d’institutions ‘en développement’ telles que les écoles, les hôpitaux ou les compagnies afin qu’elles fournissent de meilleurs résultats par rapport à leurs objectifs déclarés. Mais est-il approprié d’utiliser le terme ‘développement’ pour des nations entières ? Si tel est le cas, est-ce que l’objectif implicite de la politique gouvernementale est simplement la production de la richesse, ou certains services publics tels que l’éducation ou la santé ? Ou est-ce que ceux-ci sont mieux décrits comme étant des objectifs intermédiaires au service d’un certain objectif plus élevé ?

Depuis 1945, il était entendu que les pays à revenus faibles en Afrique, en Asie, et en Amérique latine pouvaient ‘se développer’ pour devenir riches et démocratiques, aspirant aux valeurs et au style de vie de l’Occident ‘développé’. Initialement, le développement était mesuré par la croissance économique, c’est-à-dire la croissance du produit intérieur brut. Dans les années 1970, ceci fut élargi pour inclure les ‘besoins de base’ (accès à la nourriture, à la santé, à l’éducation, à l’eau propre). Dans les années 1990, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) introduisit « l’indice de développement humain », lequel se focalise sur trois aspects mesurables de qualité de vie : vivre une vie longue et saine, être éduqué, et avoir un niveau de vie décent. « Le développement humain est d’abord et avant tout de permettre aux gens de vivre le genre de vie qu’ils choisissent, et leur fournir les outils, et les opportunités pour faire ces choix. »[2]

Basu a proposé de se focaliser sur la croissance absolue du revenu des 20 pourcent de la population qui sont les plus pauvres. Il ne renie pas l’importance des objectifs plus amples de stabilité politique et environnementale, ou d’une qualité généralement plus haute de la vie humaine. Cependant, il soutient que son indicateur reflète beaucoup d’autres indicateurs sociaux privilégiés dans une notion plus large du développement humain.[3]

Aujourd’hui, la plupart des gouvernements soutient une série d’objectifs encore plus large, les huit ‘Objectifs du millénaire pour le développement’ (date cible, 2015).[4] Ces objectifs comprennent l’éducation primaire universelle, la promotion de l’égalité des sexes, la réduction de mortalité infantile, l’amélioration de la santé maternelle, et le combat contre le VIH/Sida. L’objectif le plus urgent est de réduire la pauvreté (définie comme étant des individus vivant avec moins d’un dollar par jour)de moitié. La croissance économique est toujours vue comme le premier instrument pour faire sortir les gens de la pauvreté. Le FMI se focalise également sur l’objectif plus large de réduction de pauvreté : « Toutes les économies en développement ont besoin de taux de croissance plus rapides et plus durables, lesquels, à leur tour, encourageront une réduction à grande échelle et durable de la pauvreté et une augmentation des niveaux de vie pour tous. »[5] 

Amartya Sen considère cependant la liberté comme étant aussi bien le moyen que la fin du développement.[6] Il évalue le développement en termes de « fonctionnement et de capacité personnel ».[7] Le ‘fonctionnement’ est ce qu’une personne parvient à faire ou à être. Les biens peuvent permettre le fonctionnement mais sont distincts de celui-ci. Sen souligne l’importance de la liberté culturelle (afin que les individus ne soient pas contraints par leur héritage social et religieux), et du choix politique (gouvernement démocratique), parallèlement aux opportunités rendues disponibles par un plus grand accès au revenu et à l’éducation.[8] Tant de pensées sur le développement est désormais focalisé sur les résultats politiques. On suppose que la démocratie aboutit toujours à la croissance économique parce qu’elle aboutit à la responsabilité publique. Malheureusement, la démocratie ne garantit pas la cohésion sociale ou même des hauts niveaux de participation politique.

Dans les pays occidentaux, il existe un intérêt grandissant pour le ‘bien-être subjectif’ (BES). La richesse accrue a cessé d’apporter un plus grand bonheur ; mais plutôt, c’est une série plus vaste de préoccupations, y compris la santé et la qualité des relations personnelles,qui contribuent au BES, au moins de la même manière qu’un revenu plus élevé.[9] Avec une sécurité économique plus grande, mais avec la fragmentation de la famille et des relations de communautés, il est exigé des politiciens de focaliser leur attention sur de nouvelles priorités.

Michael Schluter

Dr Michael Schluter a un doctorat en économie agricole de l’Université Cornell (USA). Il est le fondateur du Jubilee Centre et de la Relationship Foundation. Il a aussi travaillé en tant qu’économiste pour la Banque mondiale.

Nous remercions le Jubilee Centre. Pour plus d’informations, visitez le site web http://www.jubilee-centre.org.


[1]Robert F. Kennedy, Discours, University of Kansas, Lawrence, Kansas, 18 mars 1968.

[2]‘Human Development Report’, UNDP, 2004, p.128.

[3]Kaushik Basu, ‘On the Goals of Development’, dans Gerald Meier et Joseph Stiglitz, éd., Frontiers of Development Economics, Washington DC: IDRB, 2001, p.65.

[4]Shantayanan Devarajain, Margaret Miller et Eric Swanson, ‘Goals for development: history, prospects and costs’, World Bank Policy, Research Working Paper 2819, 2002.

[5]Krueger, A.,‘Expanding trade and unleashing growth: the prospects for lasting poverty reduction’. Remarks at the IMF Seminar on Trade and Regional Integration, Dakar, Sénégal, 6 décembre 2004.

[6]Amartya K. Sen, ‘What is Development About?’, in Gerald M Meier and Joseph E Stiglitz, eds, ibid, p.506.

[7]Amartya K. Sen, Development as Freedom, OUP, 1999.

[8]UNDP, ibid, pp.13ff.

[9]Voyez par exemple www.neweconomics.org/gen/z_sys_PublicationDetail.aspx?pid=225

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